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Titrisation : Il est encore tôt pour un big short au Maroc

Mercredi 13 Decembre 2017 - PAR bourse news

Ryan Gosling dans The Big Short. L'acteur essaye de convaincre des investisseurs du potentiel de baisse du marché hypothécaire aux Etats-Unis.   Paramount Pictures


 

C'est excitant d'être le premier à voir que quelque chose ne va pas dans le système. Etre le premier à repérer le prochain big short, le prochain casse du siècle. Un peu comme les acteurs de cette adaptation du livre de Michael Lewis, The Big Short, consacré à plusieurs investisseurs qui, dès 2005, avaient anticipé la crise des subprimes plus de 2 ans à l'avance. Ce serait excitant de détecter la même chose sur le marché financier marocain. Mais il est encore trop tôt. Ce marché est encore "propre" et les produits structurés ne sont pas encore complexes. 

Maghreb Titrisation a réuni investisseurs et émetteurs aujourd'hui à Casablanca, dans ce qui ressemble à s'y méprendre à la fameuse scène de la convention sur la titrisation du film Big Short. On en a donc profité pour poser la question à différents acteurs de ce marché qui pèse pour près de 16 Mds de dirhams. La question était : Pensez-vous que la titrisation provoquera la prochaine crise de confiance sur le marché financier marocain  ? 

 

De la financiarisation de l'économie...


La financiarisation de l'économie, c'est transformer une partie des bilans des entreprises en cash par des mécanismes comme la titrisation. C'est ainsi que les banques américaines, après avoir vendu des crédits à des clients à faible revenus (appelés clients Ninja dans le film pour ni argent ni job)  ou du moins sans capacités de remboursement ont commencé en 2007, 2008 et 2009 à transformer ces prêts hypothécaires non solvables en titres financiers pour les revendre à des investisseurs institutionnels ou des petits épargnants à travers le monde. La suite, nous la connaissons tous. Sinon, le film Big short est une excellente session de rattrapage pour ceux qui veulent apprendre, tout en se divertissant.  


Transformation de belles créances

Investisseurs, émetteurs et observateurs sont unanimes : A la différence de ce qui a été constaté lors de la crise des subprimes, les émetteurs marocains font de la titrisation de "belles" créances. Les banques par exemple ne transforment que les créances tirées sur les fonctionnaires. Même Crédit Agricole du Maroc, qui a transformé des crédits à la consommation, l'a fait sur des créances exclusivement tirées sur des fonctionnaires, ce qui a permis de placer ce papier sans problème. 


Au Maroc, le véritable boom de la titrisation remonte à 2013 avec l'amendement de la loi spécifique à cette activité pour élargir le champ d'application à des nouveaux émetteurs et à de nouveaux types d'actifs. C'est à partir de cette année que ce marché exclusivement animé par les banques a enregistré l'arrivée de nouveaux acteurs et, surtout, de nouvelles catégories de créances. Les créances immobilières et commerciales ont commencé à être financiarisées au côté des créances bancaires pour atteindre un record de 3,7 Mds de dirhams d'émissions en 2017, très loin des 500 MDH émis par CIH Bank en 2002. Le marché pèse désormais près de 16 Mds se dirhams.  


 

Le risque viendra de la saturation du marché 

Selon les professionnels, le potentiel d'actifs de bonne qualité et titrisables est encore important. Ce n'est qu'après épuisement de ce réservoir que les banques d'affaires devront faire preuve d'imagination pour placer des actifs plus risqués. De plus, ce segment de marché est petit par rapport au marché de la dette privée dans son intégralité. Son importance systémique est extrêmement faible. Ce qui a causé la crise financière de 2008, ce n'est pas tant la titrisation mais la multiplication d'instruments financiers complexes générés sur la titrisation sans aucun intérêt économique pour les initiateurs. L'éclatement de la bulle est la conséquence d'un adossement de produits financiers à d'autres produits financiers eux-mêmes adossés à des actifs réels. La contrepartie financière était plus importante que les actifs réels. L'effet de levier devenait insoutenable. Les meilleurs l'ont vu en premier et ont joué l'éclatement de la bulle. Or, au Maroc les mécanismes de titrisation et les actifs utilisés sont de plus en plus complexes certes, mais toujours adossés à des actifs réels et solvables. De plus, il existe différents degrés de titrisation et de transferts de risques. Au Maroc, la complexité demeure faible. 

 

La régulation anticipative jouera également un rôle important pour prévenir des risques systémiques, selon les opérateurs. Certains acteurs du marché de la titrisation préconisent l'introduction d'un système de recommandations par l'AMMC sur des secteurs à éviter de manière conjoncturelle ou structurelle ou même sur des types d'opérations à éviter. Mais pour l'heure, le régulateur traite la titrisation de la même manière que les autres opérations qui nécessitent des avis ou des visas, sans chercher à orienter le marché. Après tout, cela n'a jamais été son rôle. 

Un jeune marché 

Depuis 1999, année de la mise en place d’un premier cadre légal de la titrisation, cet outil de financement, bien qu’il ait connu une progression importante de ses encours, peine encore à se faire une place de choix au sein du marché de la dette privé. Les professionnels de la titrisation ne devraient toutefois pas avoir trop de mal à convaincre les émetteurs qui hésitent à franchir le pas. Car il est vrai que ce mécanisme de financement leur offre plusieurs avantages. En procédant à la titrisation de certains actifs et de créances, c’est-à-dire en transformant en titres négociables des actifs illiquides, l’entreprise cédante bénéficie d’une capacité de financement supplémentaire pour se développer. Les témoignages de certains émetteurs qui y ont eu recours, qu’ils soient une entreprise publique, privé ou un établissement bancaire le montre. L'ONEE, Label'Vie ou encore CIH Bank - pionnier sur ce mécanisme et dont le management avoue s'être lancé pour soigner son image sur le marché financier lors d'une période difficile au début des années 2000 - sont de bons exemples. 

La finance participative, à travers les Sukuks, constitue par ailleurs un relais de croissance prometteur pour le marché de la titrisation. 

Tous ces facteurs plaident pour une hausse des encours des opérations de titrisation. Il faudra pour cela continuer à intensifier la vulgarisation et la communication autour de cet outil de financement. 

A.H/ A.E


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