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La réflexion de Abdellatif Jouahri sur les taux bas

Jeudi 07 Novembre 2019 - PAR bourse news

Photo/boursenews.ma


 

Tout en constatant que la tendance mondiale est aux taux durablement bas, le Wali de Bank Al-Maghrib s'est montré particulièrement préoccupé par les impacts d'une telle politique monétaire sur la rémunération de l'épargne longue. Son discours en ouverture de la célébration de la journée mondiale de l'épargne ne laisse pas entrevoir de position affirmée quant aux décisions futures de la banque centrale.


Juste avant sa prise de fonction, la nouvelle dirigeante de la BCE a pris position en déclarant qu'elle préfère "l'emploi" à "une épargne protégée".  Christine Lagarde faisant ici référence et défendant les taux bas. Le Wali de Bank Al-Maghrib semble, lui, beaucoup plus réservé sur la question tout en admettant que les taux bas - phénomène qui risque de durer - jouent un rôle primordial dans le soutien de l'investissement et donc dans la création de l'emploi. «La situation de «too low for too long» ou «très bas pour très longtemps», comme on la décrit, est devenue ainsi un fait stylisé de l’économie mondiale», a indiqué le Wali tout en soulignant qu’une telle situation n’est pas sans conséquences sur la rémunération de l’épargne et celle des fonds de retraites. «Des taux aussi bas ne sont pas sans effets négatifs sur l’épargne des ménages qui voient leurs efforts pratiquement anéantis, de même, les fonds de pension enregistrent une baisse et une faiblesse persistantes de leurs rendements qui pèsent sur la viabilité de certains d’entre eux». Et de rajouter : «Si théoriquement des taux bas peuvent aider à relancer l’investissement et la croissance après un cycle baissier, dans un contexte de ralentissement persistant et de fortes incertitudes, ils peuvent avoir des effets néfastes sur le système financier et sur l’économie dans sa globalité».Dans son discours, le Wali a également mis l'accent sur le risque qu'a la situation sur les marges et la rentabilité du secteur bancaire.

Le Wali estime également que la liquidité abondante et à faible coût s’est traduite par une aggravation des taux d’endettement aussi bien publics que privés sans qu’elle ne profite nécessairement à l’économie réelle. Elle est davantage canalisée, à des fins spéculatives, vers l’investissement dans les actifs notamment boursiers, conduisant ainsi à leur surévaluation et amplifiant les risques sur la stabilité financière et donc sur l’écosystème de l’épargne. 
Abdellatif Jouahri brandit souvent l’argument de la rémunération de l’épargne parmi les raisons qui l’incite à maintenir le taux directeur à son niveau de 2,25%. Une baisse supplémentaire de ce taux induirait, selon lui, une rémunération encore plus faible de l’épargne, qui se situe déjà à des niveaux historiquement bas. L'impact sur la rémunéraion des placements des fonds de retraites (CIMR, CMR, etc.) est également perceptible, ce qui les oblige à se tourner vers des placements offrant de meilleurs rendements (marché actions, PPP, etc.). Cette nouvelle sortie du Wali vient renforcer la doute quant à sa disposition à assouplir encore plus sa politique. 

 

Comment canaliser l'épargne 
Abdellatif Jouahri intervenait à l’occasion de la journée mondiale de l’épargne, co-organisée avec le Groupe CDG et le Groupe Barid Al-Maghrib. Sur ce sujet, le Wali a encore une fois relevé que le taux d’épargne demeure faible. «Les données disponibles sur l’épargne montrent que nous avons un grand défi à relever sur ce volet. L’épargne des ménages, qui se situe autour de 14% de leur revenu disponible brut, serait beaucoup plus faible en comparaison internationale sans les transferts des marocains résidents à l’étranger et la faiblesse des cotisations», a-t-il fait savoir. Ainsi, au Maroc, la population en âge d’activité qui épargne est deux fois moins élevée que la moyenne des pays de la catégorie à revenu intermédiaire-inférieur. «Ces niveaux seraient encore plus bas si l’on se limitait à l’épargne auprès des institutions financières», ajoute le Wali.

Cette situation ne semble pas s’améliorer comme le laisse indiquer l’évolution des dépôts bancaires. «Comme je l’ai souligné lors des points de presse à l’issue des réunions trimestrielles du Conseil de Bank Al-Maghrib, les dépôts des ménages connaissent un ralentissement assez préoccupant au cours de ces dernières années. Selon nos statistiques, la progression des dépôts à vue est en nette décélération et ceux à terme ont perdu près de 10% de leur volume depuis fin 2015», fait-il observé. Pour lui, l'éducation financière est clé de voûte de toute inclusion financière.

 

BAM
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